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Mahina PerrotCoach en bien-être émotionnel

4 minutes de lecture

Mettre des mots sur ses émotions : pourquoi nommer ce que l’on ressent peut changer la suite

Nommer une émotion ne la fait pas disparaître, mais le langage peut donner des contours plus clairs à un état intérieur et aider à choisir la prochaine étape.

Mettre des mots sur ses émotions : pourquoi nommer ce que l’on ressent peut changer la suite. Mahina Perrot

Mettre des mots sur ses émotions peut sembler presque trop simple pour être utile. Quand on se sent dépassé, en colère, honteux ou inquiet, comment le fait de nommer l’émotion pourrait-il changer quoi que ce soit ?

Nommer ne fait pas disparaître la situation. Mais le langage peut donner des contours plus clairs à un état intérieur flou. Les recherches sur l’affect labeling, ou étiquetage émotionnel, suggèrent que mettre une expérience émotionnelle en mots peut modifier certains aspects du traitement émotionnel et parfois réduire la réactivité.

Avant les mots, une émotion peut donner l’impression d’être partout

Imaginez un réveil avec la poitrine serrée, des pensées rapides et l’impression que quelque chose ne va pas. Sans mot précis, l’expérience peut envahir toute la journée. « Tout va mal » devient parfois la seule phrase disponible.

Puis vous ralentissez et remarquez : « Je suis inquiet(ète) pour la réunion de demain, déçu(e) par ce qui s’est passé hier et fatigué(e). » Rien de magique ne s’est produit, mais l’expérience n’est plus un seul énorme nuage sans nom. Elle contient plusieurs éléments.

Et plusieurs éléments sont plus faciles à comprendre.

Nommer n’est pas juger

Il existe une différence importante entre :

« Je remarque de la jalousie. »

et :

« Je suis une personne jalouse et mauvaise. »

La première phrase nomme une expérience émotionnelle. La seconde ajoute une identité et un jugement. Le vocabulaire émotionnel est surtout utile lorsqu’il nous aide à observer avec plus de précision, pas lorsqu’il devient une nouvelle arme contre nous-mêmes.

La recherche parle d’étiquetage émotionnel

Des recherches en neuro-imagerie ont observé que le fait de nommer des stimuli émotionnels pouvait être associé à une diminution de l’activité de l’amygdale et à une augmentation de l’activité de régions préfrontales impliquées dans la régulation. D’autres travaux ont continué à explorer comment et dans quelles situations cette pratique peut aider.

La nuance est importante. Nommer une émotion est un outil, pas une solution garantie. Parfois, une personne a besoin de sécurité, de repos, d’une action concrète, d’une conversation ou d’un professionnel, et pas simplement d’un vocabulaire émotionnel plus précis.

Un mot plus précis peut suggérer une prochaine étape plus adaptée

« Je me sens mal » donne très peu d’informations. « Je me sens seul(e) », « rancunier(ère) », « gêné(e) », « surchargé(e) » ou « incertain(e) » ouvrent des directions différentes.

  • La solitude peut signaler un besoin de lien.
  • Le ressentiment peut signaler une limite ou un besoin non exprimé.
  • La gêne peut demander de la perspective et de la douceur envers soi.
  • La surcharge peut demander moins de sollicitations.
  • L’incertitude peut demander des informations plutôt que davantage de réassurance.

L’émotion ne donne pas un ordre. Elle apporte une information qui peut nous aider à décider ce qui mérite notre attention.

Essayez quatre phrases plutôt qu’une grande histoire

Un point émotionnel en quatre lignes

  1. Je remarque… Décrivez les sensations corporelles ou les faits.
  2. Je ressens… Choisissez un ou deux mots émotionnels.
  3. Cela peut être lié à… Ajoutez le contexte sans prétendre tout savoir.
  4. Ma prochaine étape utile pourrait être… Choisissez quelque chose de petit et réaliste.

Exemple : « Je remarque une tension dans mes épaules. Je me sens inquiet(ète) et sous pression. Cela peut être lié à l’échéance de demain. Ma prochaine étape utile pourrait être de choisir la première tâche et de demander une précision sur la deuxième. »

Le mot n’a pas besoin d’être parfait

On peut parfois se bloquer en essayant d’identifier l’émotion exacte. Ne transformez pas la conscience émotionnelle en un nouveau test que vous pourriez rater.

« Quelque chose entre la tristesse et la déception » suffit. « Je me sens activé(e) et je ne sais pas encore si c’est de la peur ou de l’excitation » suffit aussi. Le but n’est pas de classer parfaitement. Le but est d’entrer en contact avec ce qui se passe.

Les mots peuvent créer un peu d’espace

Le langage est l’un des moyens par lesquels nous transformons une expérience brute en quelque chose que nous pouvons observer, communiquer et traiter. Cela ne veut pas dire que les mots contrôlent tout. Cela signifie qu’ils peuvent créer un petit espace entre le ressenti et la réaction.

Et parfois, c’est dans cet espace qu’un autre choix devient possible.

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Sources et lectures complémentaires

Lieberman MD, Eisenberger NI, Crockett MJ, Tom SM, Pfeifer JH, Way BM. Putting feelings into words: affect labeling disrupts amygdala activity in response to affective stimuli. Psychological Science. 2007. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17576282/
Lieberman MD, Inagaki TK, Tabibnia G, Crockett MJ. Subjective responses to emotional stimuli during labeling, reappraisal, and distraction. Emotion. 2011. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21534661/
Givon E, Meiran N, Goldenberg A. The process of affect labeling. Trends in Cognitive Sciences. 2025. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41109773/

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